Ma pratique explore la manière dont le désir travaille les corps, les objets et les espaces jusqu’à déformer notre rapport au réel. Je m’intéresse à cette impulsion qui nous pousse à vouloir aménager le monde à notre mesure, le rendre plus souple, plus séduisant, plus docile à nos envies. Que devient le réel lorsqu’une culture visuelle, un ordre social et une économie de la consommation s’acharnent à le rendre plus désirable que vivable?
Par l’entremise du photographique, de la sérigraphie, du textile, de la sculpture, de la performance et de l’installation, je fais glisser des fragments corporels dans le champ de l’objet et du mobilier. Grâce au photomontage, je crée des motifs farfelus où babioles banales et figure humaine se rencontrent, avant de se déposer sur des formes anthropomorphiques. Le corps n’y apparaît plus comme une entité autonome, mais comme un contaminant qui s’imprime, se moule et se dissémine à la surface des choses.
Mon langage visuel s’approprie les codes esthétiques de la sphère domestique afin d’examiner notre rapport affectif aux objets industriels qui saturent le quotidien. J’y observe comment le désir, bien au-delà du registre sexuel, se déploie dans des logiques d’appropriation, de possession, de confort et de consommation. Mes œuvres adoptent des formes joviales, ludiques et séduisantes, dans une proximité assumée avec les stratégies visuelles marchandes par lesquelles les objets captent l’attention et excitent l’envie. Cette esthétique de surface agit comme un leurre : j’y recours pour faire apparaître une pulsion d’appropriation où le plaisir de désirer se confond souvent avec le désir de posséder.
J’explore ainsi ce qu’il y a de fondamentalement érotique dans toute forme de désir, qu’il se fixe sur un corps, une image, un objet ou toute autre promesse de plaisir. En ce sens, le désir n’apparaît pas dans mon travail comme une force privée ou spontanée, mais comme une dynamique socialement organisée, alimentée par les images, les dispositifs marchands et les normes qui façonnent nos manières d’habiter le monde.
La dimension politique de ma pratique se situe dans l’examen des mécanismes par lesquels les objets, les corps et les espaces sont rendus attirants, disponibles et appropriables. À travers des formes aussi séduisantes qu’absurdes, j’interroge notre propension à consommer avec excès le corps et ses représentations, tout en révélant la violence par laquelle cette logique s’installe dans le quotidien.